La marelle

J’imagine un lecteur (c’est facile, nous en connaissons tous, et nous lui ressemblons quelquefois), un lecteur qui ne pourrait lire qu’avec un crayon à la main: pour souligner un passage, entourer un mot, écrire dans la marge, et laisser ainsi une trace de sa présence, comme les pélerins d’autrefois déposaient une pierre sur leur passage, une pierre qu’on appelait une marelle. (…)

Gérard Macé, Marelle, in Les impressions de Pierre Alechinsky, Paris, BNF, 2005, p. 11

J’ai un très ancien respect des livres, qui longtemps m’a fait répugner à prendre des notes dans les ouvrages que je lisais. Mais depuis plusieurs années, je suis de ces lecteurs qui annotent leurs livres. Mon père était de ceux-là et j’ai hérité de livres dont les marges sont couvertes de commentaires très pertinents, dont je profite aujourd’hui.

Les livres ne suffisent pas

La culture n’a jamais été aussi disponible. Elle n’en est pas moins en fâcheuse posture. Non tant à cause de sa marginalisation, que de son absence de lieu désigné. Les livres ne suffisent pas. Ce qu’il faudrait, en plus, ce sont des communautés de lecteurs. Un nous fondé sur leur lecture. Soyons honnêtes: la communauté ne suffit pas non plus. Ou pas toujours. (…) Comme le résume un autre personnage de Thomas Bernhard dans Oui: « Pour peu qu’on ait à proximité un seul être avec lequel on puisse, en fin de compte, parler de tout, on tient le coup, autrement, non. »

Olivier REY, Quelle vie, quel voyage, avec qui ?, in Conférence n°22, p.21-22