Dresde – Albertinum

Unter italischen Himmeln

Dresde, mai 2017. Comme chaque année, je passe quelques heures dans les musées de la ville. A l'Albertinum [Galerie Neue Meister], une très belle exposition est consacrée aux artistes qui ont visité et peint l'Italie du 19e siècle: Unter italischen Himmeln. A nouveau, comme dans certain tableau vu au musée d'Edimbourg, je suis frappé par la beauté de la lumière et la douceur qui émane des paysages. Je prends quelques photos, pour tenter d'en sauvegarder la trace.

Le retour des ciels d’hiver

lomme-17janv16-cDepuis plus d’un an maintenant, je suis installé dans un petit appartement à L. Des fenêtres de mon séjour, de mon bureau, je suis face au ciel. En ce début décembre, je retrouve la lumière de l’hiver dernier, avec des ciels fantastiques, les grandioses draperies du lever de soleil.

L’air de l’été mûrissait silencieusement sur mon petit balcon nordiste, les soirées étaient pleines de douceur, que je passais à lire.

L’hiver, c’est autre chose, l’ombre couvre sèchement le jardin, le givre a brisé les dernières salades, étreint la sauge, figé les roses. Mais, par-dessus les toits que mon point de vue domine, le ciel semble une fournaise.

La nuit

Que devient cette clarté surnaturelle lorsque l’obscurité et la nuit tombent sur les âmes ? Clic – les étoiles explosent au-dessus du peigne de la montagne. Une, deux, puis d’autres. D’abord les plus dures, les blanches pointues comme des couteaux d’un acier surnaturel, jusqu’aux plus infimes enrobées dans l’obscurité comme les pierres recouvertes de vase dans la rivière.

Que devient cette lumière qui, telle la lampe torche du gardien de nuit, devrait tomber sur les dormeurs, les fourbus, sur ceux qui ne sont plus conscients, enfermer leurs coeurs dans son cercle doré pour qu’ils aient la force de se lever le matin et de tout reprendre depuis le début ? La carte noire de la nuit se déploie au-dessus des horizons. Les pics et le tours ne sont pas suffisamment durs pour les transpercer. Les villages sont des pansements sur la joue de la Terre, les routes des égratignures, les villes une heure après minuit des éruptions de boutons, et trois heures avant l’aube, rien ne présage la résurrection ou le pardon, bien qu’il y ait plus de ciel que de terre. Nuit, nuit, nuit, le forgeron Kruk dans son sommeil raconte une histoire sans fin, aussi longue que la vie de tous les hommes, comme s’il voulait tout confesser, tout, tout ce qu’il a vu ou entendu, confesser toutes ses actions, bonnes, mauvaises ou neutres, puisque la vie est probablement une variété de péché, ça on peut l’oublier le jour, mais la nuit est sans pitié; Lewandowski le sait, Gacek et Edek aussi, tout le monde le sait, quand la raison dort, les actions passées ou futures tombent sur la poitrine de leur poids inexprimable. Le coeur bat à peine, s’immobilise presque, pompe difficilement le sang pétrifié, même la plus petite goutte de clarté ne parvient pas à diluer la matière densifiée de la peur, et la seule chose à faire est d’attendre que la peinture bleu marine de l’aube recouvre les vitres. C’est tout.

Andrzej Stasiuk, Seconde nuit, in Contes de Galicie.

Göttingen en mai

Je passe régulièrement à Göttingen depuis quelques années. La ville a gardé tout son charme, elle qui n’a subi pratiquement aucune destruction à la fin de la dernière guerre. Ce soir-là, le 18 mai 2015, le ciel est à l’image des conditions bousculées de la journée: chaleur, vent, rafales orageuses, soleil voilé, déchirures brusques, soudaine fraîcheur nocturne. Dans ce ciel, les hirondelles font des figures d’acrobates.