Les autres

Jonction avec les autres d’abord. Non pas l’autre, les autres. Mais non pas les autres tels que notre bonté, notre grandeur d’âme ou notre largeur d’esprit nous incite à les reconnaître. Et non pas les autres que nous connaissons personnellement, non pas les membres du club familial, amical, ethnique, idéologique. Il s’agit des autres qui sont en nous, qui pèsent sur nous, auxquels nous sommes reliés autant par l’imaginaire que par la réalité, les autres vus par temps de srâb1, les autres en tant que nous ne pouvons pas nous penser sans eux. Non pas les autres comme fruit de notre tolérance, non pas les autres comme une dernière manière de nous prouver notre individualité, d’en affirmer le triomphe. Non pas les autres comme un cercle d’âmes haletantes, dont nous imaginerions le salut suspendu à l’éclat de notre sourire, à la rigueur de notre diététique spirituelle.

Jean SUR, dans ses entretiens avec Jacques Berque, Les Arabes, l’Islam et nous, p.47/48

L’écriture arabe

En arabe, nous apprend Jacques Berque, les noms des deux becs de la plume signifient l’humain et le bestial.

Il continue :

Il faudrait savoir lequel des deux est le flanc animal. Je crois que c’est le gauche… Il faudrait savoir si ça correspond au côté par lequel on monte sur le cheval. Pour les Arabes c’est le côté droit. Nous, nous montons à gauche de la bête. Le côté « bestial » pour la vieille poésie arabe, je gage que c’est celui par lequel on ne monte pas, donc, pour les Arabes, le gauche est justement celui par lequel, nous, nous sautons en selle. Il y a donc le côté humain, par lequel le cheval se tourne vers le cavalier qui l’enfourche en sautant de ce côté-là, et le gauche qui reste indompté. Or observez que c’est également de droite à gauche que va l’écriture arabe, comme par hasard…

Jacques BERQUE, Les Arabes, l’Islam et nous, p.41