Le petit-fils du prince Genji

Etrange et fascinant récit, que celui de L.Krasznahorkai – qui met en scène la quête intemporelle d’un jardin mystérieux, le jardin caché, le centième du célèbre livre Cent beaux jardins. Nous sommes dans le rêve, dans l’histoire, dans la méditation, dans la folie, dans une faille du temps, dans la contemplation zen, dans l’art japonais des jardins, dans le mystère incroyable de la naissance végétale, dans le regard éperdu de cet homme qui a consacré les siècles que dure sa vie à la recherche de ce mystérieux jardin. Et qui, au bout du compte, par inadvertance, par fatalité, par destinée de l’inaboutissement, passera juste à côté sans le voir, au coeur même du temple déserté qu’il a réussi à pénétrer.

Le récit se divise en 50 chapitres, dont manque le premier. Faille du livre ?
Un auteur hongrois pour un livre japonais. Un vrai bonheur de lecture.

Laszlo KRASZNAHORKAI, Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau.
Traduit du hongrois. Publié à Paris chez Cambourakis en 2010.

Mars au Metropolitan NY

Fin mars 2010, je suis à New York, une fois de plus. Je retourne au Metropolitan Museum (le MET), une fois de plus. Et cette fois-ci je fais mieux: j'y passe deux journées. Je retourne voir ce que j'ai vu déjà tant de fois mais que je ne me lasse pas de redécouvrir et qui me ravit: les départements consacrés aux arts de l'Asie. Le deuxième jour, j'y fais quelques photos.

La section des arts islamiques est en travaux, elle ouvrira en 2011. Il y a dix ans déjà, je m'y perdais avec ravissement: miniatures persanes, calligraphies, bijoux, ... Peu de monde dans cette section, la foule des touristes se presse en général dans les grandes salles consacrées à la peinture des 19e et 20e siècles: les Impressionnistes, puis Picasso, Braque, Rouault, Mondrian, Klee, ...

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L’excellence

La question de l’excellence, dans un projet artistique, se pose dès l’abord. Elle fait peur aux amateurs, et pourtant – j’ai l’occasion d’y revenir par ailleurs, notamment dans Une perfection absolue – elle ne cesse pas d’être d’actualité.

Mais que veut dire une pratique d’excellence ?

Elle se fonde sur une double mesure, une double appréciation.

D’un côté, une appréciation objective – un regard, une écoute, extérieurs. C’est donc une mesure qui se réfère à d’autres pratiques, qui les compare entre elles, sur l’échelle de l’existant, mais dont les critères sont extraordinairement variables. Dans la discipline qui nous occupe – la pratique vocale – c’est à la fois, ou distinctement, la qualité et l’originalité du répertoire, la façon de se présenter en chœur, la vocalité, la liberté du souffle, la sonorité, la cohérence, mais aussi la clarté, l’ouverture, la sensibilité de l’interprétation, la force de conviction, …

D’un autre côté, une mesure subjective: comment je me situe moi-même dans ma pratique, à quel niveau je m’y place. En d’autres termes: quelle place est-ce que je lui accorde ? Cette appréciation est dynamique: c’est aussi une ambition, elle se nomme, se détermine comme une ambition. Mais je ne parlerai pas ici de « progrès », le terme me semble nous renvoyer à une échelle objective. L’ambition individuelle s’inscrit plutôt comme un mouvement, et un mouvement de l’intime.

Je considère que l’excellence se situe d’abord dans ce mouvement. Il est à la portée de tous, mais … , à l’instar du moine-voyageur, Bashô – dans Le chemin étroit vers les contrées du Nord, p. 50:

(…) je me disais qu’en toute chose l’excellence est le fruit d’efforts auxquels l’homme ordinaire ne consent pas.

Bien respirer !

Pierre Alechinsky raconte son premier voyage au Japon. Il avait 27 ans. Jeune peintre, il était fasciné par la calligraphie japonaise et voulait rencontrer les maîtres de l’art. Lors d’une de ces rencontres, il interroge le calligraphe : quel conseil peut-il lui donner ? a-t-il un secret pour pratiquer cet art ? La réponse que reçut Alechinsky lui parut, dit-il, dérisoire de prime abord. Le maître lui dit : « il faut seulement être bien assis et bien respirer. » J’aime cette leçon – qui n’a rien de dérisoire, comme le peintre l’a compris par la suite : dans sa simplicité, et dans l’attention qu’elle porte à deux éléments essentiels – la posture et le souffle, elle est parfaitement adaptée à l’art du chanteur.