L’événement pur

L’événement pur de la voix, c’est l’expérience de la différence de chaque voix, elle-même jouxtée à la différence de chaque discours, c’est l’expérience qui consiste à donner consistance au commun, en tant qu’il est justement division, multiplicité, égarement, prodige.

Jean-Christophe BAILLY, Phèdre en Inde

Un terrain vague

Et ici le réel – les gens, donnés comme une masse, milliers de mémoires actives se croisant, autrefois dans les fumerolles, aujourd’hui sous le cliquetis des tableaux d’affichage automatiques, tressant de phrases effilochées, condamnées au désordre par la violence impressionniste du lieu. (…) Partout et toujours la gare est comme un terrain vague où n’importe quelle bouture humaine peut prendre et où flotte, mais comme impuissante, une vague rumeur solidaire.

Jean-Christophe BAILLY, Le propre du langage, p. 90

Esperar

Traduire – et il faut à ce sujet lire et relire tout ce qu’a pu dire Antoine Berman – ce n’est pas verser, ce n’est pas faire de la version, c’est esperar, c’est attendre et espérer que la langue se donne, qu’elle vienne à elle-même par le travers que lui ouvre l’autre langue.

Jean-Christophe Bailly, Le propre du langage, Seuil, p.127