La chica de rojo – La fille en rouge

C'est le troisième programme que j'ai le plaisir de travailler avec Philippe Thuriot. Les deux premiers étaient consacrés à la poésie et à la chanson française.

Cette année, la rencontre avec Ann De Prest - nos goûts partagés pour la chanson et en particulier pour le répertoire espagnol, a été l'occasion de mener à bien un projet que j'avais depuis longtemps: un programme de musiques populaires européennes. Pour commencer, explorer les musiques d'Espagne. Ce répertoire déjà est d'une exceptionnelle richesse.

La première a eu lieu le 18 novembre 2017 à Rosario.

L’Espagne est pour moi la terre du dépaysement absolu. Aucun autre pays d’Europe ne m’a marqué plus profondément. La musique populaire espagnole est ancrée dans une tradition très ancienne. La part la plus connue est le flamenco, mais toutes régions d’Espagne possèdent un répertoire spécifique, d’une très grande variété.

Cette musique a une force incroyable, une force interne qui ne tolère aucune émotion feinte, aucune fausse séduction. Nous avons donc choisi de rendre sa violence contenue, ses sentiments extrêmes, sa luxuriance et sa sécheresse, un monde de contrastes : pas de théâtre, juste la profération !

La fille en rouge, une flamme dansante. Le vent est glacé, l’amour brûlant, le sommeil est sans douceur, la mort rôde et mêmes les berceuses font peur aux enfants.

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Se rencontrer

Se détacher de l’origine, apprivoiser et accueillir le vide de la séparation, permet le lien imaginaire avec un autre rencontrable. Celui qui reste fantasmatiquement fixé à l’origine, ne lâchant pas prise sur elle, ne peut accueillir ce qui arrive, être disponible, ouvert à l’inconnu en acceptant la part d’incertitude.

Elisabeth GODFRID, Des inventeurs pour une coexistence


On peut toujours se séparer. Le plus dur, c’est de se rencontrer.

Dans le très beau film Once we were stranger.


L’homme n’existe, ne se constitue, ne grandit, ne s’épanouit qu’à l’aide d’autres hommes. Le mystère de la relation dépasse de beaucoup le mystère de l’être.

Jean ZIEGLER, Retournez les fusils ! p. 12

La minute précaire

– Au fait, comment cela s’appelle-t-il quand deux êtres se rencontrent, qu’aussitôt leurs paroles s’entendent à demi-mot, leurs pensées et leurs goûts s’accordent à mi-chemin, et qu’entre eux semble passer un intense courant de sympathie, minute heureuse, mais précaire et suspendue, un peu « hors sol », peut-être illusoire, et bientôt enfuie ?
– Cela porte un très beau nom, dirait sans doute le Mendiant d’ Électre: cela s’appelle un déjeuner de soleil.

Gérard GENETTE, Apostille

Le désir II

Un mot encore, sur le désir. Ou plutôt deux.

D’abord, il y a clairement un rapport entre le désir et le temps. Le désir s’inscrit dans la durée. Désirer s’effectue dans le temps, dans le temps du désir, justement.1 Le désir a ce point en commun avec la musique, le temps est le point de rencontre entre le désir et la musique. Mais autant le plaisir est dans l’immédiateté, dans la recherche compulsive de la réalisation instantanée, autant le désir me semble de l’ordre de la maturité : il gère l’inachevé, le perfectible.

Ensuite, si le désir est de l’ordre de l’inachevé, c’est bien dans une perspective dynamique : la poursuite de son objet est permanente, elle est le mouvement même qui anime la pratique. Il ne s’agit donc pas d’un inachevé à l’image d’un chantier abandonné, mais d’un inachevé stimulant, dynamique, qui motive la recherche permanente …