Le centre

Le plus souvent, nous ne comptons les éléments, comme les directions ou les points cardinaux, que par quatre. Nous oublions que, dans la plupart des cultures, il y en a cinq: 5 éléments, 5 points, 5 directions. Il est étrange de noter la coïncidence (d’où vient-elle ? de quel fonds d’humanité partagée ?) entre les directions chinoise ou coréenne et celles de certains « peuples premiers », des « natives » d’Amérique du Nord, par exemple. A nos 4 points cardinaux, il faut ajouter le centre.

L’eau et la mémoire

(…) au moment de la plongée l’émotion qui étreint est toujours celle d’un monde entièrement étranger, qui ferme à la fois la bouche et les oreilles et où la peur semble être liée à l’absence de toute possibilité de parler. (…) Le fait que dans l’eau les traces soient vite effacées est en relation avec le silence abyssal. L’effacement rapide du sillage est le signe avant-coureur de l’engloutissement. Pourtant, et par cela même, l’eau, et surtout l’eau immobile et calme, est liée depuis toujours à la mémoire: là où tout est englouti, tout est peut-être intégralement conservé.

Jean-Christophe BAILLY, Le propre du langage, p. 64

Sur la couverture

Septembre 2010, un soir. L’air est très doux, l’obscurité envahit lentement les rues alors que le ciel reste clair. Je suis entré à La Hune, sur le boulevard St Germain, et je reste en arrêt devant la couverture d’un livre de Laszlo Krasznahorkai intitulé Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau.

Dans les 4 directions, les 4 frontières sont celles d’un jardin mystérieux. Le livre tiendra ses promesses ! Pour en savoir un (tout petit) peu plus, voyez l’article sous la catégorie Langues d’ailleurs (Tissages).

L’eau vive d’Entraigues

Gravé sur la margelle de la fontaine d’Egliseneuve d’Entraigues – un endroit que j’ai trouvé très étrange, dans le Massif Central.

Celui qui aime les astres les guide vers l’eau qui leur convient

Il y a, juste à côté, une bien curieuse église, avec des chapiteaux peints, comme à l’époque des rassemblements processionnels ou des grands pèlerinages jusqu’à St Jacques. Elle est bâtie sur le site d’un temple gallo-romain, lui-même établi, semble-t-il, sur un fort courant d’eau profondément enfoui. Le rapport à l’eau vive est fréquent, sur un lieu de culte antique. Je trouve très belle la phrase gravée sur cette fontaine qui, elle, n’est pas ancienne. Mais qui reconnaît par là le mystère que l’on ressent en visitant ce lieu.