Le paysage

On tient généralement ce qu’on appelle « paysage » pour quelque chose qui se trouve « là-bas ». Toutefois, si certains éléments du paysage nous sont catégoriquement extérieurs, matériellement et mentalement, toutes les expériences réelles que nous faisons du paysage sont sélectionnées, façonnées et colorées par ce que nous connaissons.

Barrie Greenbie. Spaces. Dimensions of the Human Landscape

Tristesse des fleuves

J’annote et j’extrais les pages du Journal de Georges Séféris. Passionnante lecture, étonnante aussi parce qu’on peut y lire, dans des pages écrites il y a 60 ans déjà, des considérations d’une extraordinaire actualité, sur l’état de la Grèce.

Et puis, ceci, qui m’interroge [11 octobre 1943]:

Les fleuves ne sont guère réconfortants, ils exigent qu’on soit heureux. Cela vaut pour la Seine, la Tamise, comme pour le Nil. Les fleuves, en coulant, nous laissent toujours à la traîne, avec nos amertumes, nos épreuves, nos désespoirs. La mer libère. Un homme sur la berge d’un fleuve: l’une des images les plus tristes qui soient.

L’herbe

Si immensément données lui ont été la vie et la sensibilité que l’herbe en même temps, plus que le désert encore, quand elle a de grandes étendues, déploie sous nos yeux l’image d’un monde sans noms, d’où nous serions absents, et c’est cette immensité sans nom qui frissonne et soulève le coeur, comme un appel qui ne nous appelle pas, et se tait.

Jean-Christophe BAILLY, Le propre du langage, p. 94

Je me souviens de l’espace infini de l’herbe. Du moins est-ce aussi un souvenir composé par la nostalgie d’un pays inconnu mais familier, celui de la prairie comme étendue sans limite des plaines herbeuses de Hongrie, où pointent, à intervalle régulier, les puits à balancier; de Saxe, de Prusse orientale, de Pologne, à perte de vue. Tentation de l’Est, d’une origine rêvée. Mais je ne connais pas encore les plaines de l’Ouest du Canada, des Etats-Unis, ni les grandes plaines de Russie, et, plus à l’orient encore, la Mongolie, …