Les animaux vont-ils au ciel ?

Gary Snyder raconte.

A l’époque de la Grande Dépression, je n’étais donc encore qu’un gamin, je vivais dans une ferme laitière bâtie sur un essart, en bordure de la forêt. Un jour, une de nos génisses mourut. J’essayais de m’expliquer ce phénomène, j’étais plein de compassion et de questions métaphysiques sur la mort des animaux et des humains. (…) Il fallait donc que je pose la question à l’École du dimanche : « est-ce que je vais retrouver ma génisse au ciel ? ». Et l’enseignant – il aurait pu faire une réponse plus habile s’il avait été un théologien plus subtil – m’a répondu : « Non les animaux ne vont pas au ciel ».

Jim Harrison lui répond : Alors je ne veux pas y aller non plus. Je ne pourrais pas le supporter.

Aristocrates sauvages. Conversations entre Jim Harrison et Gary Snyder [p.55]

Je pense que, moi non plus, je ne pourrais pas supporter que les animaux soient exclus du séjour éternel. Je pense en particulier aux chiens … leur regard. Je me souviens d’avoir écouté, il y a 2 ou 3 étés, une série d’émissions sur la longue histoire de l’échange tout particulier que l’humain établit avec le chien, depuis des dizaines de milliers d’années sans doute.

Un documentaire présenté récemment sur ARTE apporte aussi sa part d’explication au lien presque intime, émotionnel, qui se tisse entre l’être humain et le chien : l’échange des regards provoque, chez l’un comme chez l’autre, ce mystérieux afflux d’ocytocine. Il participe au déclenchement de l’empathie, de la confiance.

Des chiens et des hommes

Une maison de campagne

Vous savez ce que c'est que d'ouvrir une maison de campagne. Vous faites irruption avec votre carton de provisions et votre grand sac de livres. Vous les abandonnez dans un coin et vous vous précipitez vers la fenêtre du côté opposé pour regarder au-dehors. Entrer dans une maison de campagne, c'est comme une naissance, à la différence que nous ne naissons pas avec un grand carton de provisions et un grand sac de livres, à moins qu'on ne considère ces derniers comme des symboles métonymiques de la culture. Ouvrir une maison de vacances, c'est naître dans les conditions suivantes: au moment où l'on pénètre dans la maison, on a tout le temps dont on disposera jamais.

Annie Dillard, Apprendre à parler à une pierre.

En souvenir des maisons de campagne que j'ai occupées avec bonheur dans les quinze dernières années: Saint-Théodard, La Rivière, Le Chaticot.

Un peu de violence

La merveilleuse finesse de Annie Dillard !

Il ne se passera rien dans ce livre. Il y a simplement un peu de violence çà et là dans le langage, à ces carrefours où l’éternité épingle le temps.

[Voilà qui évoque aussi William Blake: L’éternité est amoureuse des productions du temps.]

Annie Dillard, Pélerinage à Tinker Creek

Les livres, le réel

Je me mis à lire à en perdre la tête. Je commençai par disparaître du monde connu dans l’abîme passif de la lecture ; mais bientôt, je me découvris une passion pour les choses dont parlaient les livres, ou qui les entouraient, car elles me tiraient de ma stupeur. C’est de la plus proche bibliothèque que j’appris toutes les choses surprenantes, dont quelques-unes, mais assez peu, provenaient en fait des livres eux-mêmes.

Annie DILLARD, Une enfance américaine, p. 119