Le travail de l’acteur

Le travail du chanteur a tout à apprendre de celui de l’acteur: de la posture, de la verticalité, de la projection de soi comme de celle de la voix, du souffle, du son, des émotions mimées ou vécues, du partage du sens, de l’expression, tout, dans le travail de l’acteur nous intéresse. Comme le disait Jean-Michel Rabeux, lorsqu’il fut interrogé sur les risques courus par les acteurs (l’extrême des émotions, la mise à nu, …):

Ils assument ce que nous fuyons.

[in Le Chantier, F.Culture, samedi 21/01/2006.]

Pas de gras

Elle est magnifique, la voix de Florence Delay qui incarne, toute jeune comédienne, Jeanne d’Arc dans le film de Robert Bresson. Et très émouvant l’hommage de Marcel Bozonnet qui, à l’écoute d’un extrait1, dit à quel point cette voix le touche. Il dit combien ce qu’il ne veut pas appeler la diction, mais la manière de parler de Florence Delay est admirable: pas de pathos, « sans gras », elle va droit au sens, avec cette légère précipitation dans le débit qui file, direct, …

Je me dis, immédiatement, à l’écouter elle, à l’écouter lui ensuite, que c’est exactement « ça »: l’idéal de l’interprétation, en lecture, en musique. Aussi près que possible des mots. Rien que « ça ».
Mais, de l’expérimenter, de le travailler longuement, je mesure à quel point c’est difficile. Florence Delay ajoute, tout à la fin de l’émission, que pour elle le mot de la langue française le plus difficile à dire est le mot « oui ». Continuer la lecture de « Pas de gras »

Un espace respiré

Décidément, Jean-Christophe BAILLY est passionnant, quel que soit le domaine sur lequel il travaille. Notamment le théâtre, qu’il connaît bien. Je pêche ces quelques lignes dans le petit ouvrage qu’il a consacré à l’adaptation de Phèdre de Racine en hindi, lors d’un séjour indien durant l’hiver 1989-1990 (Phèdre en Inde).

Dans ce livre, je note (p. 83) la différence d’approche entre le geste du metteur en scène européen – qui pose des marques sur le sol de la scène, ce qui est perçu par les Indiens comme une incongruité – et une autre vision – celle qui « se passe de cette géométrie » (perçue comme une désagréable appropriation). J.-C.Bailly la traduit en ces termes: L’énergie virtuelle du plan de sol se confronte à un espace respiré plutôt que dessiné.1

Intéressante remarque, qu’il s’agirait de mettre en œuvre dans le travail théâtral et, par extension, dans la création de l’espace musical dans l’exécution publique.

Trois sortes d’acteurs

Il y a plusieurs sortes d’acteurs.
D’abord ceux qui ne savent que mimer les sentiments de leur personnage.

Ensuite il y a ceux qui ont en eux une violence telle qu’ils peuvent la livrer sur scène. Ceux-là ont généralement l’air de lions en cage. Ils expriment une rage effrayante qui vous entraîne mais à laquelle il est difficile d’adhérer comme spectateur. … Ou comme partenaire.

Enfin, il y a ceux – plus rares et plus fragiles, qui trouvent en eux-mêmes les blessures et les failles qui vont les mettre à jour plus sûrement. Ceux-là vous bouleversent parce qu’ils vous offrent leur propre bouleversement. Ils vous touchent. De ceux-là, vous pouvez tomber amoureux. Brusquement, par surprise, quand votre corps s’aperçoit qu’il est littéralement transporté. Ceux-là, oui, quand vous les voyez, quand vous les entendez sur une scène, vous êtes transporté.

L’étrangère, film de Florence Colombani, à 29’15 »  (ce film est disponible sur Universciné)