L’événement pur

L’événement pur de la voix, c’est l’expérience de la différence de chaque voix, elle-même jouxtée à la différence de chaque discours, c’est l’expérience qui consiste à donner consistance au commun, en tant qu’il est justement division, multiplicité, égarement, prodige.

Jean-Christophe BAILLY, Phèdre en Inde

L’insatiable curiosité

Il s’agit de faire revivre l’émerveillement, l’espièglerie et l’insatiable curiosité de la petite enfance, mais à travers une profondeur de connaissance, un fonds d’expérience et une rigueur intellectuelle auxquels il n’est possible de parvenir qu’à l’issue de nombreuses années de vie et d’étude.

Tim INGOLD, Marcher avec les dragons, p. 12

L’insatiable curiosité ? Elle est peut-être un autre nom de l’inquiétude.

Pierre BERGOUNIOUX, Exister par deux fois, p. 213

Un adulte créatif est un enfant qui a survécu.

Ursula K. LE GUIN

Enculturation

(…) la diversité linguistique est intimement liée à l’extrême plasticité de l’expérience humaine. (…) Nous étudions les langues étrangères parce que nous ne pouvons pas vivre suffisamment de vies.1
(…)
Dans le domaine de la biologie évolutionniste, il devient de plus en plus clair que le trait définitoire le plus fondamental de notre espèce est précisément son potentiel d’enculturation, son ouverture infinie aux complexes motifs que la culture et le langage tissent sur la trame enfantine de notre esprit.

Nicholas EVANS, Ces mots qui meurent. Les langues menacées et ce qu’elles ont à nous dire, p. 236

Ma pratique: d’où je parle

SONY DSCUne disposition naturelle, la familiarité avec la polyphonie spontanée des réunions familiales et les hasards de la vie m’ont ouvert à la musique dans mon enfance puis m’ont conduit à la pratiquer d’une manière suivie, régulière à partir de l’âge de quinze ans. J’ai compris assez tardivement que c’est bien la musique qui m’a permis de surmonter la souffrance d’un deuil brutal éprouvé trop jeune.1 Si la musique m’a comblé, comme toute maîtresse exigeante elle a occupé beaucoup de place dans ma vie.

À aucun moment pourtant je n’ai eu le projet de devenir un musicien professionnel, à la fois par manque de confiance dans mon talent et parce que je voyais s’ouvrir devant moi beaucoup d’autres chemins possibles que je ne voulais pas manquer de parcourir. J’ai donc cumulé – comme beaucoup – une formation musicale, une pratique très régulière, avec des études, un métier. Je suis devenu ce qu’on appelle un « musicien amateur ». J’ai acquis et développé la plus grande partie de cette expérience par la direction de chœur. En 1981, le hasard m’a placé à la tête d’un ensemble vocal, au départ pour un intérim de quelques semaines, qui s’est prolongé de facto pendant plus de 30 ans. J’y ai tout appris.

Comme flûtiste, j’avais exploré la musique ancienne dans un petit ensemble d’amateurs (Les Compagnons de la Renaissance – l’ensemble existe toujours !). J’avais chanté au chœur universitaire de Louvain et, en 1979/1980, lors de mon séjour à Zagreb, dans le chœur Joza Vlahovic, dirigé par Emil Cossetto . J’ai connu ensuite le Chœur de chambre de Namur, la Capella Sancti Michaelis, le chœur de la Monnaie, j’ai participé à beaucoup de concerts, d’enregistrements, … Ces expériences-là m’ont formé, sans aucun doute. Mais c’est en tant que chef de chœur que j’ai construit, élaboré, complété mon projet artistique.

Fin 2009, j’ai laissé la charge que requièrent la direction et l’animation hebdomadaire d’un ensemble. En trente ans de travail assidu, j’avais fait le tour de la question. Je sentais que j’étais arrivé au terme de cette expérience. Il était temps de passer à autre chose. La création de mon Atelier Public répond, d’une certaine façon, à cet « autre chose ». Il s’agit de « recharger » mon objet de recherche, mon projet, ma quête. Ce site en est un des moyens. Il est aussi une façon de prendre en compte la totalité de mon expérience de musicien amateur, mes réussites et mes échecs – mais cela a-t-il un sens de nommer ainsi ce qui relève d’un processus ininterrompu, sans cesse en progrès, sur lequel ne se greffe aucune considération de succès (médiatique, narcissique, …) mais simplement celle du plaisir de la découverte permanente ? 2

Dans cet Atelier public je veux rendre compte de mon expérience de musicien amateur et, singulièrement, de chanteur et de chef de chœur. Il est question ici de la musique vocale d’ensemble, et de tout ce qu’on peut nommer indifféremment l’exercice polyphonique, le chant d’ensemble, le chant choral, le travail du chœur, l’ensemble vocal, …